Dans ce qui est une allusion aux récentes votations fédérales (minarets et renvoi des criminels étrangers) et aux campagnes de l'UDC, Joseph Deiss a jugé "intolérable que par égoïsme ou, pire, par opportunisme électoraliste, nous touchions aux libertés et aux droits fondamentaux, à la solidarité et à la générosité" dont la Suisse "s'est faite championne".
L'ancien chef de la diplomatie helvétique a plaidé pour une Suisse souveraine non pas absente ni simple observatrice, mais "présente et qui exprime son opinion et participe aux décisions de la communauté internationale".
Attention aux populismes
"Un pays qui se gouverne par le repli sur soi et à coups de moratoires renonce souverainement à façonner son propre destin", a déclaré le Fribourgeois, dans son allocution d'une demi-heure, intitulée "La grandeur de la Suisse se mesure à son autorité morale". Il a invité la Suisse à ne pas se "disperser au profit des populismes".
Après son discours, devant les journalistes, M. Deiss ne s'est pas dit particulièrement inquiet pour l'avenir de la Suisse, mais a expliqué avoir plutôt voulu lancer un appel à certaines dérives populistes, "sans nommer personne". "Faites attention", était simplement un des messages de son allocution, a-t-il précisé.
"Crédit impressionnant"
Presque cent jours après sa prise en fonction de président de la 65e session de l'Assemblée générale des Nations unies, M. Deiss a par ailleurs relevé que la Suisse possède à l'ONU, à New York notamment, "un crédit impressionnant". Cet élément tient à "l'autorité morale de la Suisse" plus qu'à "notre richesse et notre puissance économique", estime-t-il.
"La Suisse peut se considérer comme un maillon solide et apprécié de la communauté internationale", a-t-il encore affirmé dans son discours.
L'ancien conseiller fédéral s'est par ailleurs plus directement adressé aux parlementaires helvétiques lorsqu'il a évoqué leur décision de ne pas couper dans l'aide au développement. Il s'est dit "rassuré" par ce "signal encourageant" à "valeur d'exemple à l'extérieur".
"Efficace et inclusif"
Dans des considérations plus générales, M. Deiss a plaidé pour le multilatéralisme et la gouvernance globale. "Dans un monde en mutation, de nouveaux défis globaux sont apparus (...) Des réponses collectives et urgentes sont nécessaires. Pour ce faire nous avons besoin d'un système de gouvernance globale efficace et inclusif", a-t-il déclaré.
Pour le Fribourgeois, "l'ONU a un rôle central à jouer" dans cette gouvernance mondiale. Un message qu'il ne cesse de réaffirmer depuis sa nomination de "premier citoyen du monde".
M. Deiss n'en a pas moins prôné un "besoin de réformes" au sein de l'ONU. Il a rappelé la nécessité de revitaliser l'Assemblée générale, de démarrer la réforme du Conseil de sécurité et d'achever le réexamen du travail du Conseil des Droits de l'homme à Genève. Ces réformes concernent aussi les relations de l'ONU avec les autres acteurs de la gouvernance mondiale, tels que le G20.
Métaphore suisse
Joseph Deiss a par ailleurs insisté sur l'importance d'inclure des Etats qui ne participent pas aux premières étapes de prise de décision avec les acteurs majeurs de la gouvernance mondiale. Pour lui, l'ONU et son Assemblée générale ont là un rôle charnière à jouer pour le multilatéralisme.
"Sans les cantons, la Suisse n'existe pas. Il en va de même pour l'ONU: sans Etats membres, l'ONU n'existe pas", a-t-il dit. La Suisse a besoin de ce système de gouvernance, multilatéral, dans lequel sa voix compte autant que celle des pays plus puissants, a-t-il ajouté devant l'Assemblée fédérale, qui l'a ovationné debout en fin de discours.
Source: SDA